Texte du lancement

 

Mon roman Traîne-Misère s’insère dans une tétralogie qui a comme point de départ mon récit poétique Dans le rouge du ciel paru en 2000. Traîne-Misère se veut en continuité avec celui-ci puisqu’il poursuit l’aventure de Charly, un de ses personnages, celui qui a pour passion la couleur rouge dont il se pare continuellement. À la fin de Dans le rouge du ciel, Charly quitte l’asile vers une autre vie dont Alexandre, cégépien et peintre, fait partie.

 

Dans Traîne-Misère, nous retrouvons donc Charly, quelques années plus tard, bien intégré au cégep où il travaille, et logé par Alicette, ex-prostituée, et Proust, ex-professeur de français, qui font tout pour recréer la famille que lui et ses nouveaux amis, Lume, Miel et Ictus n’ont jamais eue. Charly n’a rien perdu de sa folie, au contraire. Mais lorsque, le jour de son anniversaire, son frère Simon revient après des années d’absence, tout le passé de Charly refait surface, un passé qu’il a voulu oublier; un passé mettant à jour une mère menaçante, un père absent, un village complice, un passé loin de sa vie présente colorée de rouge et peuplée des histoires fantastiques de son chauffeur de minibus, M. Rose, de qui il reçoit un cadeau surprenant : une cape rouge pouvant sauver le Monde.

 

Ce peut-il que ce Monde que Charly doit sauver soit le nôtre ? Si oui, quelle peut bien être cette menace qui plane aussi fortement au-dessus de nos têtes ? Pourquoi choisir ce petit homme à l’imaginaire foisonnant comme sauveteur ? Est-ce que l’imaginaire serait la clé de voute pouvant nous sauver de notre propre Monde ? En ce temps où l’on veut rendre la Culture uniforme, balayer l’imagination, la créativité ; la question se pose.

 


                                 Extrait de Traîne-Misère

 

L

es guides, mes amis et moi, tous dans le corridor rendu magique par un tapis de confettis. Dont la densité varie selon qu’on s’approche ou s’éloigne de l’Oasis. Je tente de le soulever avec mes pieds. Quinze secondes. Vingt secondes. Juste pour revivre la fête. Les fêtards du corridor ont laissé d’autres traces. Des verres et des bouteilles vides. Des tables collantes. Et des plantes avec des confettis dans leurs feuilles et des cornichons dans leurs pots.

 

   Sur un banc situé dans le hall, des musiciens jouent une sonate que j’ai déjà entendue. Je cherche dans ma caboche. Ne trouve pas. C’est tellement beau et intrigant que je me plante devant eux. Ne peux partir avant la fin. Les guides insistent. Ne le peux pas. Quand je franchis la porte du cégep, le violon et la guitare amorcent déjà un nouvel air.

  

   À l’extérieur, plein d’étudiants assis sur les marches. Qu’on doit enjamber si on veut arriver en bas. Qui prennent du soleil. Qui étudient. Qui jasent. Qui se disent à demain. Plus loin, dans le stationnement, ils enfourchent leur vélo; ils montent dans leur automobile; ils se dirigent vers l’arrêt d’autobus public. Mes amis et moi avons plus de chance qu’eux. Un minibus jaune, rien que pour nous.

 

   Et puis, le chauffeur d’autobus.

 

   Monsieur Rose.

 

   Il sort un paquet sous son banc. Me le remet lorsque je monte. Je suis si surpris que je me dresse. Monsieur Rose est intelligent. C’est un monsieur qui en a vu d’autres. D’autres corps pris d’émotions. Quand on est grisonnant, on comprend des choses difficiles.

 

-   Rien ne peut vous arriver dans mon autobus. C’est un autobus magique.


 

   Les histoires de Monsieur Rose. Pour le plaisir. Des elfes et des sorcières provenant de l’Empire. Des lutins minuscules faisant sonner leurs cloches pour appeler des fées Carabosse. Des fantômes blancs. Des fantômes bleus. Des gnomes. Des Aladin flottant sur des tapis. Un Alibaba frottant une lampe abritant parfois un génie, parfois un géant, souvent des voleurs. Des monstres marins. Des bonshommes verts.

 

   Un papier-cadeau tout plein d’étoiles. Entre mes mains. Une cape. Alizarine.

  

   Monsieur Rose. En personne.

 

-   C’est une cape qui a appartenu au druide Traîne-Misère.

 

   Monsieur Rose qui démarre.

 

   Miel et moi. L'un à côté de l’autre dans le minibus. La toiture brique du dépanneur Chez Léon, la porte purpurine du salon funéraire, le visage rubicond du brigadier, des arrêts, un camion de pompiers, deux boîtes aux lettres, les fleurs pourpres, la clôture groseille, le collier cramoisi du chiot de la rousse au rouge à lèvres cochenille et à longue veste cerise. Et puis les lacets de bottine du garçonnet. Et puis, d’autres fleurs cerise. Et puis, le livre sous le bras de cet élève. Et puis, des jupes, un pont, des rideaux, des soupirs, des sourires, des bonheurs, des saluts. Et puis, des joues, des chapeaux, des automobiles, des enseignes, des foulards, des feuilles, un homme, une femme, un enfant, un regard, un vent. Et puis, les yeux fatigués de Miel.

 

-   La dernière fois que j’ai vu Traîne-Misère, il portait cette cape. Elle flottait au vent. Je m’en souviens comme si c’était hier.

 

   Et nous goûtons le début d’une autre histoire de M. Rose.

 

 


              Lancement à la librairie Raffin de Repentigny